MDHALLA INSTALLATION
Conception et réalisation : Rouma Belhiba
Acropoluim de Carthage
Juillet à octobre 2006
Mdhalla : couvre chef populaire tunisien en palme de palmier (zraf) tressé plus ou moins finement souvent par la main des femmes, principalement dans les régions de Gabès (ovale) et Djerba (pointue).
Installation : oeuvre qui n’est pas réduite à un élément unique, qui peut impliquer simultanément diverses techniques et qui constitue temporairement un site, voire un environnement.
Afin de redonner ses lettres de noblesse à ce chapeau traditionnel et populaire tunisien ; la “mdhalla”, souvent fabriqué de la mains des femmes, j’ai voulu proposer aux visiteurs une installation interactive de 111 mdhallas “classiques” (ovales, de Gabès), ainsi que de mdhallas djerbiennes (pointues, de Djerba souvent nommées à tort chapeaux mexicain). L’Acropoluim de Carthage m’a fait l’honneur d’accepter cette proposition durant l’été 2006, et il n’y avait rien de plus approprié comme espace dans les hauteurs de Carthage, au sommet de la colline, comme un clin d’œil au sommet du palmier qui fournit le zraf, palme avec laquelle est fabriquée la mdhalla, qui recouvre la tête des tunisiens, extrémité supérieure de la pensée de l’humain.
Le jardin de l’Acropoluim de Carthage, en tant qu’espace de plein air occupé entre autres par les murs de la Cathédrale, des statues de Sainte Marie et Sainte Lucie, des colonnes et des arbres, un bassin, se prêtait à cette installation de plein air et à ce jeu interactif de 111 mdhallas pendues dans l’espace au sein de ces différents éléments (donc constituant un site, un environnement), visibles depuis la buvette, à l’entrée, se balançant au gré du vent (comme parfois nos cheveux sur nos têtes ou nos pensées dans l’air…) et proposant un jeu d’ombre évolutif.
Les visiteurs, tunisiens ou touristes ont pu spontanément se prendre en photos sous les mdhallas de leurs choix en forme (comme chaque être humain a une tête qui lui est propre et particulière en forme et taillé, il existe forcément une mdhalla appropriée à cette tête, il suffit d’essayer et de la chercher, ceci peut constituer une quête, un chemin), taille ou en couleur (rouge, noir et blanc) et donc faire vivre cette proposition interactive. Les mdhallas étant suspendues à différentes hauteurs, les visiteurs ont pu choisir également de se positionner en dessous d’une mdhalla exactement au dessus de leur tête ou en laissant un espace entre la mdhalla et leur tête, donnant par là à rêver ainsi.
J’éprouve le besoin dans mon travail plastique de redonner de la valeur à des objets, éléments qui me paraissent d’autant plus précieux qu’ils sont naturels ou fabriqués en matières naturelles, face à ce monde en plastique.
Les Mdhallas sont en voie de disparition et font pourtant partie d’un patrimoine tant écologique que culturel et nous enseignent que nous devons aux produits nationaux non reconnus à leur juste valeur, parce qu’ils sont passés au travers des filtres de la mondialisation et de l’uniformisation des produits et de la pensée, filtres déterminés par des entreprises qui n’ont que faire de l’humain (qui a une tête faite pour « penser » ; niveau le plus élevé de l’humain, la conscience le différenciant des animaux, et lui permettant de faire des choix dans son environnement, d’utiliser son libre arbitre et ses capacités raisonnantes, pour être maître de sa vie et non esclave ou marionnette manipulée, autant que faire ce peut, de la vie et ses rythmes ou de la nature… et qui nous manipulent en nous injectant des codes d’habillement où la casquette semble avoir plus de valeur qu’un couvre chef en matière naturelle n’étant pas encore l’objet d’une production de masse, internationale et faisant partie d’une identité que nos propres yeux dévaluent, encore plus s’il est vu comme « populaire »…
Été 2006, Rouma Belhiba
























