
Le Quotidien Mardi 6 Juin 2006 – CULTURE
Rouma la Française qui représente l’Hexagone dans les ateliers de Wadi Rum, organisés du 29 avril au 6 mai 2006 par Orient Gallery sous l’égide de la Commission européenne n’est que notre Meryem Belhiba nationale. Et fière de l’être.
Dans le désert jordanien, Rouma n’est pas passée inaperçue. Elle était avec Tommy Barr (Irlande), Dorothea Fleiss (Allemagne), Jabbar Mejbel (Irak), Saâda et Bader Mahasneh (Jordanie). Tous partagent la même passion et avouent avec honneur leur adhésion au club de la tolérance entre les gens et les peuples. Et s’ils étaient choisis dans cette délégation artistique, ce n’est pas par hasard. Mais parce que l’ensemble de leur œuvre traduit une expression multiple. Leur séjour en Jordanie était une occasion pour une rencontre heureuse entre le Nord et le Sud. Leur langue commune était l’art dans tous ses états et ses rêves. Résultat: une harmonie entre tous qui a écarté toutes les dissonances. Pour dire que la différence, c’est le vrai jeu de la cohabitation. Le noir avec le roux, le blanc avec le beige. Seules frontières sont les œuvres et les toiles zébrées en azurées ou en marron au dos d’un amitié.
C’était un trait d’union entre un Sud aux envies d’être autrement et un Nord qui cherchait à comprendre l’enjeu d’une société aux forces multiples et convergentes. Rouma, qui prenait du recul par rapport à l’œuvre, pour dire qu’elle est plurielle, multiple dans son identité comme dans ses expressions. Son regard retourne loin, jusqu’à l’infini. Complètement ailleurs. Totalement immergée en Occident, avec des références socioculturelles bien ancrées, Rouma a revisité ses origines arabo-musulmanes pour signer à l’encre indélébile Zaris. Une exposition intégrale déjà de notre artiste. C’est quoi une tribu ? C’est quoi être nomade ? Que veut dire le mot propriété ? C’est quoi un être ? Que représente cet élément dans l’ensemble de l’humanité ? Toutes ces questions qui la démangent se retrouvent dans son œuvre. On y trouve des palpitations qui tourbillonnent, voulant sortir de la prison de son être afin de voir le jour sous n’importe quelle forme. Mais surtout la vision intérieure. Dans ses toiles, il y a des traits, des lignes et des nœuds qui s’entrecroisent donnant un lacis indémêlable fait de couleurs contrastées mais qui fleure bon le mariage et l’allége. Idem pour ses sculptures de la taille XS à XXL multipliées à puissance ∞. Des couleurs qui s’embrassent et s’embrasent. Des formes qui se tordent, l’une créant l’autre pour enfanter des silhouettes en mouvement et une chaîne en béton que nul ne peut séparer. C’est à partir de là qu’une femme, Rouma, réécrit en plein désert son monde. Qui doit être en fête. Plein de couleurs son monde. Et c’est par la multiplicité de la richesse de ses origines et de ses références que l’artiste diffuse cette idée farfelue de l’altérité (du vivre ensemble, dans la paix et sans trop de mal aux autres ni trop de bien pour soi-même) qu’elle a nommée “A propos du silence des Sufis tunisiens dans un tourbillon de regards impairs”.
Et si le désert Wadi Rum n’a pas suffi à scander son art, l’artiste a tout fait pour marquer de sa présence la terre du désert. C’est-à-dire au niveau des veines où se trouve le corps, dans les os et dans les articulations, même si elles ne parlent pas. Puisque c’est dans les os qu’on raconte long là-dessus et Rouma a trouvé de la matière. La bonne pour nous esquisser son désir. “Je cherche toujours à trouver l’essence des choses,” nous a-t-elle dit. L’essence des choses, elle la voit partout. À partir d’une teinture, d’une résine, d’un bout de fer tendre. C’est ça son terrain. Un terrain tantôt facile à couler tantôt rigide à modeler. Mais elle finit par prendre ses couleurs et des formes uniques. Comme celles qui la différencient. Rouma qui a côtoyé Montesquieu et un faible Montesquieu qui a côtoyé Montesquieu avec à peine Montesquieu avec à peine
Zohra ABID














